épisode7: l'étoile en papier doré

Episode7 : l'étoile en papier doré.

Combien de temps faut-il entre une idée et sa réalisation ?
Un certain temps.

Et entre une association sur papier et les premières activités sur le terrain ?
Un certain temps aussi.

L'idée de départ est restée la même, mais l'équipe de base et les statuts ont été adaptés pour une meilleure efficacité au Maroc, avec une solide permanence sur place.
L'assemblée constitutive bouclée à l'unanimité, il fallait encore s'affranchir des formalités pour le dépôt et l'officialisation.



Un temps qui semblerait long à celui qui n'a pas la patience dans la verdure.
Mais moi, vous commencer à me connaître n'est-ce pas ?
Eh ben non : que ça me faisait tourner en rond comme un ours en cage!

Avec du recul, je dois avouer que les choses se sont déroulées assez rapidement, surtout en cette période des grandes vacances.
C'est le temps des enfants et la famille, des amis et retrouvailles.
Puis il y a les choses qu'il vaut mieux boucler avant la rentrée, il y a la canicule qui impose la sieste de l'après-midi…bref, ici comme ailleurs durant les congés d'été, tout semble fonctionner vitesse escargot.

Après des « demain », « lundi, c'est certain », « demain ou après-demain, sûr » voici enfin le « ça y est, c'est fait ! » de l'officialisation des statuts.
Yes ! Enfin la possibilité d'organiser les activités publiques !
Et ça tombait bien pour le lendemain, avec les Perséides et un beau ballet autour de Jupiter (qui étaient de toute façon inscrits dans l'agenda des observations à ne pas manquer).

Une bonne nouvelle matinale qui compensait largement la re-re-re-remise aux calendes grecques de la visite des cascades d'Ouzoud avec Mohamed (que je n'ai toujours pas vues…)
Tout autre chose m'est tombé dessus en début d'après-midi, avec un coup de fil de ci-lui : « Patte, je suis à Aït M'Hamed avec Abdellatif demander une autorisation pour la nuit de demain… »
Mon sang ne fait qu'un quart de tour : « Hein quoi comment caisse ? Vous êtes à Aït M'Hamed ? Sans moi ? »
Ils savent pourtant à quel point j'adore ce village et ses environs.
Me faire ça, à moi ?
Moi qui reste quasiment 24H/24 à travailler ferme avec mon (beau) bureau (fruit de mon travail CQFD) comme tout horizon ?
Me dire directement, sans détours ou ménagements, qu'ils y sont et sans moi ?

Bisque bisque rage !
Pire et grââââve encore: demander une autorisation ? Pour regarder les étoiles ?
La communication est coupée sur une des plus grandes interrogations de mon existence.
Je crois rêver…

Dans l'affirmative, autant plier bagage !
Quitter un surréalisme à la belge pour errer dans du pire que Kafkaïen ?
Non merci.


Je descends au café me descendre un thé le temps de laisser décanter.
Il est bon, ça me calme…
Re-coup de fil, Abdellatif cette fois : « Allo Patrick ? Qu'est-ce qu'on va regarder demain soir ? »
« Ben on va observer le ciel » réponds-je benoitement, « pourquoi ? »
« Il y a le fonctionnaire qui voudrait savoir ce qu'on va observer exactement… »
Cette rétorque d'Abdellatif a eu plusieurs effets, entre autres :
- avaler du thé bouillant de travers
- faire passer une feuille de menthe par une narine
- enfoncer une partie du téléphone dans l'oreille
- parler Martien : « zglub%xsk¤#ghnjiiii ?!!!???! »

Grâce à l'entrainement intellectuel de scientifique pur et dur, je me remets vite et pose la question qui me permet de vérifier l'hypothèse que je n'étais pas sujet à une hallucination auditive : « quoi ? »
Sur la réitération d'Abdellatif, ma réponse fut docte :
« dis-lui que nous allons vérifier statistiquement la fréquence et l'intensité des trainées de gaz ionisés produites par l'accélération gravitationnelle et la traversée à 107000km/h de la Terre du nuage de poussières laissé par la comète Swift-Tuttle, que nous allons observer des phénomènes liés aux orbites des satellites galiléens et étudier passages, passages d'ombre, occultations et éclipses ainsi qu'estimer la vitesse de rotation de la géante gazeuse grâce à la GTR.
Tu peux aussi préciser que nous allons profiter de la bonne magnitude limite atteignable avant le lever de notre satellite naturel en phase gibbeuse, pour passer les différents types de nébuleuses en revue : obscures ou par absorption, par réflexion, émission, les planétaires, les restes de SN et finalement faire un voyage extragalactique en passant par les amas globulaires… »
Au tour d'Abdellatif de dire « quoi ? ».
Je lui résume « nous allons regarder les petits points brillants là-haut » et raccroche.

La feuille de menthe est la preuve que je ne cauchemarde pas, mais l'absurdité de la situation efface la colère pour une franche rigolade.
Question dose d'étonnement quotidien, j'ai été drôlement servi là !
Une heure plus tard, retour de Mohamed et Abdellatif au café d'Azilal et l'explication consternant cette fumeuse autorisation m'a fait pousser un ouf de soulagement.
Non, il ne faut pas une autorisation pour regarder le ciel, non, astrAtlas ne doit pas signaler ses soirées d'observation.
Cette démarche était en quelque sorte la « déclaration de naissance » de notre association aux autorités communales.
Que la toute première activité sous sa bannière tombe justement le lendemain même de l'officialisation des statuts avait de quoi intriguer: je vous rappelle qu'on était dans une période où les choses prennent leur temps, toute précipitation paraît donc suspecte !

L'accord du Gouverneur, le matin de notre soirée, pourrait être considéré comme l'aboutissement de plusieurs mois de travail : astrAtlas n'est plus une idée sur papier, c'est une réalité !
L'astronomie amateur, là-haut dans l'Atlas, c'est sous la clarté des étoiles que ça se passe.

Une dizaine de personnes était présente lors de cette première.
Au programme ce qu'Abdellatif était sensé répéter après son « quoi ? ».
Le ciel parfaitement dégagé et une nouvelle « recrue » aux molettes de l'équatoriale 150/750 ont permis d'en faire le tour.



Faut que j'en parle de cette recrue ! Youssef qu'il s'appelle le moustachu-qui-compte-plus-d'étoiles-dans-le-carré-de-Pégase-que-moi.
Une semaine grand max auparavant que Youssef a eu l'idée de me parler d'astronomie, de Proxima du Centaure, d'années-lumière…
Si on considère l'astronomie comme maladie, il n'est pas seulement gravement et incurablement atteint : il est virulemment contagieux ! Nous nous sommes naturellement mis le grappin dessus et après une formation rapide (spontanée je dirais), c'est l'ami qui anime jovialement la partie jovienne de la soirée.

Une belle première qui s'est prolongée jusqu'au matin en duo sous la Lune.
Scotché au T300 tête bino qu'il était !
Demander de ne pas bouger pour une photo souvenir pause 60 secondes n'était pas nécessaire.
De toute façon, absorbé comme il était, il ne m'aurait même pas entendu.

C'est donc le cœur tranquille que je peux remonter vers mon surréalisme nordique : ici, la relève astro est assurée !

A suivre…


03/09/2009
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