épisode2: l'oiseau fait son nid

Azilal, premières impressions.

La belle-famille de Mohamed m'offre un accueil chaleureux et délicieux.
Les tajines sont à se lécher doigts et babines (j'avais déjà passé avec succès mon stage « comment déguster une tajine » à Casa).
Azilal est une petite ville, il y règne la bonne humeur, la décontraction. La plupart des résidents maîtrisent assez bien le français, pas trop de problèmes de communication donc.
Coupée en deux par un axe principal, où on trouve tout ce qu'il faut (commerce, banque, santé, communication etc…) la vieille ville est dominée au Sud par le minaret de la Mosquée.
De là on peut se perdre dans les ruelles, remplies de vie par les artisans et commerçants.

Et l'étonnement, toujours l'étonnement.
Que ce soit cette façon de traverser systématiquement quand arrive une voiture, les montagnes d'oignons bordeaux ou argentés qui scintillent dans le soleil au souk, que ce soit l'entraide, la solidarité, le contact humain…
Comment décrire cela ? Je n'ai pas le cœur à gâcher ses plaisirs en venant « touristiquement » me promener l'appareil photo en main.
Non, c'est dans le cœur et l'esprit que sont gravés ces images et émotions.
A ce qu'il paraît, mon visage en serait l'imprimante : « you look really delighted, it's amazing » me disait un randonneur de passage (il avait prévu une halte à Azilal pour un ou deux jours, finalement c'est une bonne semaine qu'il est resté).

Que du bonheur ?

Oui, à part la poussière, pas celle des étoiles, non, celle qui est sournoise et tente de s'installer où on préfère la propreté : les instruments d'astronomie par exemple.
Je suis logé dans la maison en construction d'Abdelkader, frère d'Abdellatif (de Saïd qui est gérant du café et de Rachida, l'épouse de Mohamed).
Et une maison en construction, ben, elle n'est pas finie par définition.
Faut donc faire preuve de souplesse quand on s'y installe, ne pas hésiter à changer de plan, surtout ne pas tenir compte de ses propres plans : il y a toujours des imprévus et des changements de programme dans la construction.
Alors on se débrouille comme ça vient : avec imagination, créativité et entraide.

Première chose, la plus importante, les instruments évidemment.
Il n'y a que mes dobs de voyage qui ont souffert durant le transport et c'est de ma faute : ayant oublié d'enlever les vis poussantes, j'ai du retravailler les barillets.
Les instruments confiés par la communauté WA ? Impec le 130/650 tout neuf (c'est lui qui a eu l'honneur des premières lumières dans l'Atlas), super le 150/750 Hilux avec sa monture bien robuste. J'ai testé tous les oculaires : allez, pour de « l'entrée de gamme » ? Que de bonnes surprises, puis les jumelles et ci et ça…
L'association astrAtlas dispose donc d'une belle panoplie d'instruments, d'une lulu 60 au dob 300, de quoi satisfaire l'astronome amateur débutant, jeune, vieux, chevronné, petit, grand, photographe, dobsonneux ou équatorialiste.
Le tout est systématiquement mis à l'abri dans une pièce soigneusement dépoussiérée.
Et le ciel ? Hein ? Il est comment le ciel là bas ?

Héhéhé…depuis le toit de la maison, c'est aussi bon qu'à Chapois.
Et en sortant de ville, vers le Sud, une fois passé Aït M'Hammed c'est somptueux : pas besoin d'attendre la fin du crépuscule pour que les gros Messiers sautent aux yeux à travers des 7x50.
Le soleil bien couché, la latitude et l'altitude du lieu, avec vue sur le Sud bien dégagée, offrent un spectacle « waooow 20 cieux kzéboooooooo » garanti inoubliable !
La Voie lactée non stop jusque dans des constellations qu'en tant qu'astronome amateur des pays du Nord je n'avais jamais vues : la Couronne Australe, Norma, Telescopium…
Autant dire que dans le Sagittaire et le Scorpion dont la queue « grimpe » à une quinzaine de degrés au dessus de l'horizon c'est Byzance !
Des détails d'ordre « astronomie dans le Haut Atlas » plus tard, dans un autre épisode, car pour le moment, nous en sommes encore au « petit à petit, l'oiseau fait son nid ».

Tiens oui, à propos d'oiseaux (il y a des photos dans le blog, si quelqu'un pourrait m'en spécifier l'espèce), même eux sont étonnants !
Il s'agit de petits passereaux, style moineaux, ce sont mes charmants compagnons de petit déj' sur le patio.
L'étonnant, c'est qu'ils sont capables de faire du sur-place, comme les colibris !
J'en ai vu un à l'aube, lors-ce que je tentais de photographier un dernier croissant avant la nouvelle lune, littéralement chasser un coléoptère, n'hésitant pas à le suivre en frôlant le télescope.
Au coucher du soleil, ils se rassemblent dans les platanes pour raconter leur journée (comme les étourneaux (ou nous au café d'Abdellatif)) et il leur arrive des fois d'encore mettre certaines choses au point vers les deux heures du mat.
Mais retournons « à la maison » avec quelques exemples.

Il me faut une table de travail moi, ou du moins une surface plane à hauteur de cuisse.
Abdellatif m'avait promis de trouver quelque chose, mais fallait patienter « un peu ».
Me doutant bien que cette locution est élastique, qu'avec la chaleur du Maroc, un élastique, ça se donne et étant de nature travailleur, fallait que j'y travaille tout-de-suite à ma table moi.
Mais que vois-je là ?
Des châssis et croisillons de fenêtre ?
Mais ça pourrait servir ça !
Et hop, avec quelques beaux carrelages, là voilà la toute belle table de travail et tant que j'y suis le présentoir pour les livres de référence.
Il n'en reste qu'une photo-souvenir : Abdelkader m'ayant expliqué que faute d'être entreposés à l'horizontale sous un poids, la chaleur et l'humidité font tordre le bois.
Bon, soit…

Le lendemain, en rentrant (à je ne sais plus quelle heure) d'une nuitée de prospection pour un très bon coin d'observation aux alentours, Abdellatif s'arrête où quelqu'un semblait l'attendre et revient avec un pan de tableau d'école : voilà le plan de travail !
Hop, les trucs de fenêtre qui sont à l'horizontale, du carrelage, du fil électrique et la version 2 est faite.
La « bibliothèque » est un assemblage avec du bois de construction (jamais vu un bois aussi dur, faut dire aussi qu'un contrepoids de seben comme marteau, ce n'est pas évident question ergonomie), des pièces alu d'un trépied de réserve, du fil de fer, des morceaux de parpaing et du gravier…

A peine installée, la table devait être démontée car les menuisiers étaient prêts pour la pose des fenêtres…la version 2 pixellisée, c'est au souk hebdomadaire que je trouve de quoi me faire la version 3.
Le panneau de tableau d'école retrouve sa fonction initiale accrochée sur un support fabriqué le jour même par les menuisiers.



Autre exemple, Abdelkader et les clés.
Il les oublie. Assez souvent faut dire.
Alors ça donne ceci :



Et pour clore cet épisode, quelques photos de l'habitation : le patio, lieu idéal pour prendre son thé avec les piafs. Le salon, fait avec des sacs de sciure de bois et pour terminer cette pièce austère qui ressemble à une cellule de prison : c'est ma chambre, à trois pas d'un ciel comme à Chapois.



A suivre…

Patte.


24/07/2009
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